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La chaîne

De la roche à la ration : comment se forme le prix d'un phosphate feed

Roche, soufre, acide sulfurique, acide phosphorique, puis le sel : à chaque étape un marché, un contrat et un producteur intégré ou non. Pourquoi 0,9 t de soufre par tonne d'acide pèse autant sur le coût européen.

Par Guillaume Milochau · Publié le 22 octobre 2026 · 7 min de lecture

Un phosphate feed est le dernier maillon d'une chaîne industrielle qui commence dans une mine et passe par deux acides. À chaque étape, un marché, un contrat et un type de producteur. Comprendre cette chaîne, c'est comprendre pourquoi le prix européen bouge, et quand.

Une chaîne en cinq étapes

La roche. Le monde produit environ 220 millions de tonnes de roche phosphatée par an ; la Chine en extrait près de 40 % mais détient moins de 5 % des réserves, le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales. Toutes les roches ne conviennent pas au feed : les roches sédimentaires portent du cadmium, les roches ignées du fluor.

Le soufre. Coproduit du raffinage du pétrole et du gaz, le soufre est consommé à 50 ou 60 % par l'industrie des phosphates. Il vient du Golfe, de Russie, du Kazakhstan et d'Amérique du Nord. Il faut 0,33 tonne de soufre pour produire une tonne d'acide sulfurique.

L'acide phosphorique. Par le procédé humide, qui représente plus de 80 % de la production, 3,5 à 3,6 tonnes de roche et 2,8 tonnes d'acide sulfurique donnent une tonne de P₂O₅. Soit environ 0,9 tonne de soufre par tonne de P₂O₅ : c'est le chiffre à retenir. L'acide marchand titre 54 % de P₂O₅ ; pour le feed, il doit encore être débarrassé du cadmium et du fluor.

Le sel. Le MCP et le MDCP se font en réagissant l'acide phosphorique avec du carbonate de calcium ; le DCP se fait aussi à partir de roche et d'acide chlorhydrique, un procédé mis au point en Belgique dans les années 1930 pour valoriser l'acide chlorhydrique de la production de sulfate de potassium. Le MCP contient 50 à 52 % de P₂O₅ : une hausse de 600 dollars sur la tonne d'acide se traduit par environ 300 dollars sur la tonne de MCP.

La ration. En France, le taux d'incorporation des phosphates dans les aliments composés est passé de 0,53 % en 2006 à 0,37 % en 2009, puis à 0,29 % en 2020 ; la consommation a reculé de 58 % en vingt ans. Les phytases ont fait l'essentiel du travail. Les ruminants, eux, reçoivent leur phosphore par les aliments minéraux, sans substitut.

Trois profils de producteurs

Les producteurs intégrés possèdent la mine, l'acide et le sel : OCP, PhosAgro, Mosaic, Yara en partie. Les semi-intégrés achètent la roche et produisent leur acide. Les non intégrés, la plupart des producteurs européens, achètent l'acide phosphorique et le transforment en sel. Pour eux, le coût de revient se résume à un prix d'acide, un prix de calcium, de l'énergie et de la logistique.

Le feed ne représente que 5 à 6 % de la roche extraite. Pour un groupe d'engrais, c'est un à-côté commode : la demande est stable d'un mois sur l'autre, elle lisse la saisonnalité des engrais, elle ne demande pas d'ammoniac et rapporte mieux par unité de phosphore. C'est aussi pourquoi les capacités de phosphates feed suivent les investissements dans les engrais, et non la demande du feed.

Comment le prix se forme

Le prix mondial de l'acide se fixe chaque trimestre dans le contrat CFR Inde entre OCP et les producteurs d'engrais indiens. C'est la référence de toute la chaîne. L'acide importé en Europe par les producteurs non intégrés se paie normalement 20 à 30 % au-dessus de ce contrat : lots plus petits, fret, crédit, qualité feed.

Le soufre est la deuxième variable. Entre mars 2020 et avril 2022, son prix FOB Qatar a été multiplié par dix, jusqu'à 433 dollars la tonne, soit près de 100 dollars de plus par tonne d'acide. Au deuxième trimestre 2022, le prix moyen du contrat MCP rendu Europe du Nord-Ouest est passé de 1 010 à 1 550 euros la tonne.

La troisième variable est la parité d'importation chinoise, qui plafonne le prix européen quand la Chine exporte. Le coût de revient des usines européennes, lui, en fixe le plancher.

Ce que l'acheteur peut faire

Suivre le contrat indien et le soufre comme indicateurs avancés ; négocier des formules indexées plutôt que des prix fermes à l'aveugle ; garder la liberté de changer de grade quand l'écart MCP/DCP s'ouvre ; et comparer les origines au kilo de phosphore rendu usine. C'est la grille de lecture de l'édition hebdomadaire : contrat d'acide, soufre, parité chinoise et coût des usines, mis côte à côte chaque lundi.

Les chiffres de la semaine, chaque lundi

L'espace abonné donne le benchmark chinois rendu Europe, le coût des usines européennes, le contrat de l'acide et les flux douaniers, avec une lecture signée.

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