Les bases
MCP, MDCP, DCP : trois phosphates, trois usages
Ce qui distingue les grades par leur teneur en phosphore et sa digestibilité, pourquoi le DCP domine en Italie, en France et en Espagne quand le reste de l'Europe achète du MCP, et ce que change le DCP d'os.
Par Guillaume Milochau · Publié le 22 octobre 2026 · 6 min de lecture
Trois produits portent le phosphore dans les aliments composés et les minéraux : le phosphate monocalcique (MCP), le phosphate monodicalcique (MDCP) et le phosphate bicalcique (DCP). Les trois sortent de la même chaîne, l'acide phosphorique et le calcium, mais ils ne se formulent pas, ne se paient pas et ne s'achètent pas de la même façon.
Trois sels, trois teneurs
Le MCP, Ca(H₂PO₄)₂, titre de 21 à 22,7 % de phosphore selon le producteur, avec environ 16 % de calcium. C'est le sel le plus concentré et le plus soluble dans l'eau. Le MDCP est un mélange de MCP et de DCP, autour de 21 % de phosphore, souvent vendu sous le nom de MCP dans certains pays et de MDCP dans d'autres. Le DCP, CaHPO₄, titre 17 à 18 % de phosphore et environ 24 % de calcium ; il existe en forme dihydratée et en forme anhydre, qui ne se comportent pas pareil dans l'animal.
Une convention courante classe en MCP un produit qui contient plus de 80 % de phosphate monocalcique, et en DCP un produit qui contient au moins 51 % de phosphate bicalcique. Entre les deux, tout s'appelle MDCP, et l'étiquette dit peu de choses sur la performance réelle.
La teneur n'est pas la digestibilité
Ce qui compte pour l'animal, c'est le phosphore digestible, pas le phosphore total. Deux critères de laboratoire l'approchent : la solubilité dans l'eau et la solubilité dans l'acide citrique à 2 %. Un MCP de qualité est presque entièrement soluble dans l'eau ; un DCP dihydraté se dissout bien dans l'acide citrique ; un DCP anhydre, moins. Certains produits étiquetés MDCP à 21 % de phosphore, très solubles, se comportent comme un MCP un peu faible ; d'autres MCP à 22 % se comportent moins bien que leur teneur ne le promet.
La différence vient de l'amont : la roche et l'acide. Une roche ignée, comme celles de Finlande ou de Russie, est pauvre en cadmium et en métaux lourds mais riche en fluor ; une roche sédimentaire, comme celles d'Afrique du Nord ou des États-Unis, demande une purification plus poussée. La pureté de l'acide phosphorique utilisé, rarement indiquée, pèse autant que le procédé.
Pourquoi le DCP domine en Italie, en France et en Espagne
Les habitudes de formulation se sont fixées il y a trente ou quarante ans, autour des usines locales et des procédés disponibles. Le DCP s'est imposé dans le sud de l'Europe, produit à partir de roche et d'acide chlorhydrique, ou d'acide phosphorique et de chaux, avec un calcium élevé qui convient aux rations à base de maïs et de soja. Le MCP s'est imposé dans le nord, dans les prémélanges et les aliments minéraux, et chez les fabricants qui achètent le phosphore au kilo de phosphore.
Résultat : à prix du phosphore égal, les mêmes usines européennes vendent deux produits différents à deux marchés différents, et les flux d'importation, chinois notamment, ne se lisent qu'en séparant les deux grades.
Ce que change le DCP d'os
Le phosphate bicalcique d'origine animale, coproduit de la gélatine et du traitement des os, est autorisé dans l'Union européenne pour les animaux non ruminants et interdit pour les ruminants, par le règlement sur les encéphalopathies spongiformes. Sa digestibilité se mesure comme celle d'un DCP minéral, son prix suit celui de la gélatine plus que celui de l'acide phosphorique. Pour un acheteur de volaille ou de porc, c'est une source de phosphore qui échappe au contrat d'acide, à condition d'en tracer l'origine et de respecter les règles d'étiquetage.
Ce qu'il faut demander à un fournisseur
- le phosphore total, le phosphore soluble dans l'eau et dans l'acide citrique ;
- le calcium, le fluor, le cadmium, l'arsenic et le plomb, avec les méthodes d'analyse ;
- l'origine de la roche et de l'acide, et le procédé (acide phosphorique ou chlorhydrique) ;
- la granulométrie et la fluidité, pour le dosage dans les prémélanges ;
- une digestibilité mesurée sur l'espèce cible, pas seulement une fiche technique.
Le bon prix d'un phosphate feed se compare au kilo de phosphore rendu usine, pas à la tonne. La digestibilité se juge ensuite, produit par produit, avec les valeurs des tables et une marge de sécurité : c'est le nutritionniste qui tranche, pas l'étiquette.